Accueil » Nos actions à impact » Diversifier les rotations pour réduire l’empreinte carbone du champ à l’assiette

Lin et féverole sont deux cultures qui peuvent jouer un rôle concret dans la transition des filières agricoles.
Intégrées dans des rotations diversifiées, développées dans le cadre de filières contractualisées, puis transformées grâce à notre procédé technologique breveté, elles permettent d’agir sur plusieurs leviers : nutritionnel, environnemental, agronomique et économique.
Du champ à leurs usages en nutrition animale et humaine, leur valorisation s’inscrit dans une approche filière cohérente, contribuant à faire évoluer les systèmes agricoles vers davantage de résilience et de sobriété carbone.
Les systèmes de culture actuels reposent encore majoritairement sur des rotations courtes, souvent centrées sur des successions de blé, maïs ou colza. Ces cultures offrent des rendements élevés mais mobilisent également des quantités importantes d’intrants, en particulier d’engrais azotés.
Toutes les cultures ne présentent pas le même profil d’émissions. À partir des données issues de la base AGRIBALYSE v3.2 (ADEME) les valeurs d’impacts CO₂ sont les suivantes :
CULTURE | POIDS CARBONE (t CO2 eq/ha) |
|---|---|
Soja, France | 1,4 |
Féverole, France | 1,5 |
Lin, France | 2,2 |
Tournesol, France | 2,2 |
Blé, France | 3,4 |
Cloza, France | 3,7 |
Maïs, France | 3,8 |
La manière dont une culture s’inscrit dans la rotation joue un rôle déterminant. Les céréales comme le blé et le maïs sont fortement consommatrices d’azote, un élément indispensable à la croissance des cultures. Pour maintenir les rendements, cet azote est souvent apporté sous forme d’engrais minéraux. Leur fabrication et leur utilisation génèrent des émissions de gaz à effet de serre, notamment du protoxyde d’azote (N₂O), et peuvent contribuer à la pollution des sols et de l’eau en cas d’excédent. Leur usage est d’ailleurs de plus en plus encadré dans un contexte réglementaire renforcé.
Dans ce contexte, la diversification des rotations apparaît comme un levier d’adaptation, en particulier en intégrant des légumineuses, dont fait partie la féverole. Les légumineuses présentent une particularité agronomique structurante : elles fixent naturellement l’azote atmosphérique grâce à une symbiose avec des bactéries du sol. En intégrant la féverole dans la rotation, une partie des besoins en azote peut être couverte par ce mécanisme biologique, réduisant également le recours aux engrais azotés pour la culture suivante.
Le lin apporte des leviers complémentaires. Son système racinaire pivotant explore le sol en profondeur, contribue à sa structuration et améliore sa porosité. Tout comme la féverole, il participe à la diversification des cycles culturaux, ce qui peut contribuer à limiter certaines pressions de maladies et adventices et à renforcer la stabilité des rotations.
Ces effets rotationnels se traduisent concrètement par des gains observés sur les cultures implantées après elles : un blé semé après un lin oléagineux présente en moyenne un gain de rendement de 0,5 tonne/ha, et après une féverole de 0,8 tonne/ha. Cette dynamique agronomique s’accompagne d’une réduction des émissions associées à la culture suivante, estimée à 242 kg CO₂e/ha après un lin par rapport à un blé de blé ou 141 kg CO₂e/ha après un lin par rapport à un blé de colza et 247 kg CO₂e/ha après une féverole.
c’est la quantité de CO2e évitée quand on cultive du blé sur une parcelle précédemment cultivée en lin par rapport à une parcelle de blé avec précédent blé
c’est la quantité de CO2e évitée quand on cultive du blé sur une parcelle précédemment cultivée en lin par rapport à une parcelle de blé avec précédent colza
c’est la quantité de CO₂ évitée quand on cultive du blé sur une parcelle précédemment cultivée en féverole par rapport à une parcelle de blé avec précédent blé
Au-delà de leur propre empreinte carbone, le lin et la féverole influencent l’équilibre global de la rotation et contribuent à faire évoluer les systèmes de culture vers davantage de diversification et de sobriété carbone.
La formulation des aliments pour animaux repose largement sur des matières premières riches en protéines, parmi lesquelles le soja occupe une place centrale, notamment pour les monogastriques (volailles et porcs). En Europe, une part importante des tourteaux de soja utilisés en alimentation animale est importée, notamment du Brésil.
Dans certaines régions de production brésiliennes, l’extension des surfaces agricoles s’est faite au détriment d’écosystèmes naturels, en particulier en Amazonie et dans la région de Mato Grosso. La conversion de ces zones pour la culture du soja contribue de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre. Ces phénomènes de changement d’usage des terres, cumulés aux émissions liées au transport intercontinental de la matière première, expliquent l’écart observé entre l’empreinte carbone d’un soja produit en France et celle d’un soja produit au Brésil (0,53 kg CO₂e/kg, contre 1,34 kg CO₂e/kg – Données Ecoalim V9 – INRAe, ADEME).
Dans ce contexte, le développement de sources protéiques cultivées en Europe constitue un levier structurant pour réduire les émissions associées à l’alimentation animale et renforcer l’autonomie protéique des filières.
La féverole, avec environ 25 % de protéines, représente une alternative pertinente. Toutefois, sa valorisation en nutrition animale nécessite un travail technologique spécifique afin d’optimiser la digestibilité des protéines et la disponibilité des nutriments. C’est dans cette perspective que, dès 2015, un programme de recherche dédié à la substitution du soja a été engagé. Il a conduit au développement de la gamme Prodival, des aliments à base de féverole transformée par cuisson sous pression. Ce procédé breveté à plus faible émission carbone améliore la valorisation nutritionnelle de la graine et permet son intégration dans les rations de porcs et de volailles, en substitution partielle du tourteau de soja importé.
Ainsi, 1 hectare de féverole mobilisé en remplacement d’un tourteau de soja importé permet d’éviter jusqu’à 5 700 kg de CO₂e.
c’est la quantité de CO₂ évitée quand on substitue les protéines issues des tourteaux de soja d’import par les protéines des graines de féverole françaises.
Chez les ruminants, une partie des émissions de gaz à effet de serre provient du méthane entérique, produit naturellement lors de la fermentation dans le rumen.
L’intégration de graines de lin sélectionnées et transformées permet d’agir sur cet équilibre digestif. Riches en oméga-3 et rendues hautement biodisponibles grâce à notre procédé technologique, elles modifient le processus de fermentation dans le rumen.
Sous la marque TRADILIN, le lin est transformé par cuisson sous pression afin d’optimiser la disponibilité de sa matière grasse (jusqu’à 80 % de biodisponibilité). Intégré dans la ration des vaches laitières à dose zootechnique recommandée, il agit à plusieurs niveaux pour réduire le méthane.
Nos études en élevages ont montré une réduction moyenne d’environ 6 % des émissions de méthane entérique par vache. Cette diminution permet un gain énergétique lié à la digestion. L’énergie économisée est redirigée vers les mamelles, améliorant la production laitière. En ajoutant cet effet productivité à l’effet rumen, la réduction des émissions atteint les -9 %, selon les conditions d’élevage et à dose zootechnique recommandée.
c’est la quantité de CO₂ évitée quand on intègre les graines de lin sous forme de TRADILIN® dans les rations des vaches laitières.
Les cultures de lin destinées à cet usage représentent un levier de réduction estimé à 4 500 kg de CO₂e par hectare.
En agroalimentaire, notamment dans le secteur de la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie (BVP), les œufs jouent un rôle essentiel. Ils apportent moelleux, texture, structure et qualité nutritionnelle aux produits finis. Leur richesse en protéines et en micronutriments en fait un ingrédient clé dans de nombreuses recettes.
Parce qu’ils sont largement utilisés et présents en quantités significatives dans certaines formulations, les œufs contribuent également à l’empreinte carbone des produits transformés. Leur production génère des émissions de gaz à effet de serre, principalement liées à l’élevage des poules pondeuses.
Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas de supprimer l’œuf, mais de le choisir avec exigence et d’en optimiser l’usage.
En complément de ce choix d’œufs de qualité, il est possible de réduire partiellement leur quantité dans certaines recettes, sans altérer les propriétés technologiques ni la qualité nutritionnelle du produit final.
Au sein de notre usine Valorex Food, nous transformons du lin français pour produire le T-Lin, un ingrédient fonctionnel 100 % lin. Mélangé à de l’eau, il développe un pouvoir gélifiant et texturant permettant de reproduire une partie des fonctions technologiques de l’œuf. En pratique, 1 g de T-Lin peut remplacer 12 à 15 g d’œuf selon la recette.
L’empreinte carbone de l’œuf est d’environ 1,177 kg CO₂e/kg, contre 0,677 kg CO₂e/kg pour le T-Lin. Rapporté aux quantités utilisées dans les recettes, cet écart devient structurant.
En remplaçant 10 %, 15 %, 30 % voire 50 % des œufs dans certaines formulations, il est donc possible de diminuer l’impact environnemental du produit. Ainsi, 1 hectare de lin utilisé dans ce cadre permet d’économiser 21 000 kg de CO₂.
c’est la quantité de CO₂ évitée quand on utilise les graines de lin sous forme de T-Lin pour substituer les œufs dans les produits de BVP
Du champ aux formulations alimentaires, le lin et la féverole illustrent une même logique : agir à chaque étape de la chaîne de production pour faire évoluer les systèmes agricoles et alimentaires.
Diversification des rotations, réduction des engrais azotés, substitution au soja importé, réduction du méthane, optimisation des formulations en nutrition humaine : ces leviers, combinés, permettent de réduire de manière mesurable les émissions associées aux filières.
En structurant ces débouchés et en mobilisant notre savoir-faire technologique, ces cultures deviennent des outils concrets au service d’une agriculture plus résiliente, plus autonome et plus sobre en carbone.
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